Et si on expulsait le Front sandiniste de l’Internationale socialiste?

Le refus des autorités nicaraguayennes d’accorder un traitement médical à une femme enceinte et atteinte du cancer a provoqué de vives réactions au niveau international. Ce refus, notent la plupart des associations médicales ou féministes, condamne la mère à une mort certaine.
Amalia (son nom a été modifié), âgée de 27 ans, est enceinte de 10 semaines. Le 2 février 2010, on a diagnostiqué chez elle un cancer qui a peut-être déjà atteint le cerveau, les poumons et les seins.
Les autorités du Nicaragua dissuadent les médecins de lui administrer un traitement contre le cancer pendant sa grossesse, car le personnel médical s’exposerait à des poursuites pénales s’il causait du tort au fœtus, même involontairement, lors du traitement.
En dépit des protestations, le gouvernement sandiniste du président Ortega est resté intransigeant. Il applique mécaniquement la législation qu’il avait fait voter en 2008, interdisant l’interruption de grossesse en toutes circonstances, même en cas de viol ou de risque pour la mère.
En 2009, Amnesty International avait déjà condamné la politique adoptée par le Nicaragua. « L’interdiction totale de l’avortement au Nicaragua met en danger la vie de femmes et de jeunes filles, les privant de soins médicaux qui pourraient leur sauver la vie, empêchant les professionnels de santé de pratiquer une médecine efficace et contribuant à l’augmentation de la mortalité maternelle dans le pays, avait conclu Amnesty International dans un rapport publié le 27 juillet 2009.
Selon des chiffres officiels, 33 femmes et jeunes filles sont mortes au cours de leur grossesse depuis le début de l’année 2009, contre 20 sur la même période en 2008. Amnesty International estime que ces chiffres sont en-deçà de la réalité, le gouvernement lui-même ayant reconnu que le taux de mortalité maternelle est sous-évalué.
« Il est choquant que le Nicaragua prive une patiente atteinte d’un cancer de soins qui pourraient lui sauver la vie au motif qu’elle est enceinte, a déclaré Esther Major, responsable des recherches sur l’Amérique centrale à Amnesty International.
« La situation d’Amalia illustre clairement les répercussions de cette loi draconienne et montre à quel point il est urgent de l’abroger, car elle empêche de prodiguer des soins en temps voulu et fait obstacle à un jugement médical éthique. Chaque jour compte pour les chances de survie d’Amalia et les autorités nicaraguayennes doivent prendre immédiatement des mesures afin qu’elle reçoive tous les soins nécessaires au traitement de son cancer. »

RAPPEL
Le gouvernement du Nicaragua est pourtant qualifié de « régime de gauche » en Amérique latine. Par ailleurs, le Front sandiniste fait partie de l’Internationale socialiste. Que pasa ? C’est pour ce genre de parti opportuniste et réactionnaire que des millions de gens s’étaient mobilisés dans les années 80 ? Quelle est la réaction du leader du socialisme du XXIème siècle, Hugo Chavez, face à cette situation ? Et que sera l’attitude de l’Internationale socialiste et surtout de ses organisations féministes face à cette attitude du gouvernement nicaraguayen qui est plus proche de Pie XII que de Leon Blum ?
Dans les années 1970, le Front sandiniste de libération nationale avait suscité l’enthousiasme dans tous les milieux progressistes d’Europe et d’Amérique latine. La « petite armée folle » des héritiers du héros libéral et nationaliste des années 30, Augusto Cesar Sandino, s’était lancée à l’assaut d’un des régimes les plus brutaux et corrompus d’Amérique centrale, la satrapie des Somoza.
Après la Victoria en 1979, le même enthousiasme avait porté tous ceux qui pensaient trouver à Managua un nouveau modèle révolutionnaire, plus démocratique et moins aligné que celui de Cuba.
Dès les premiers mois, certains avaient décelé les errements sandinistes, les dérives de leurs dirigeants, leur alignement et leur autoritarisme, mais ils s’étaient tus le plus souvent car ils craignaient d’apporter des munitions à l’administration Reagan et aux Contras, issus de l’ancienne dictature et de la droite nicaraguayenne.
En 1990, la défaite du FSLN fut largement attribuée à l’épuisement provoqué par la guerre menée à partir de Washington. Les fautes des sandinistes furent le plus souvent minimisées ou ignorées.
Et puis le Nicaragua disparut des écrans. Le Front sandiniste se déchira, se divisa et Daniel Ortega, qui avait présidé le régime sandiniste lors des années de pouvoir et de guerre, entama une longue marche qui le conduisit à remettre en cause tous les grands principes de la Révolution. Il se rapprocha de politiciens de droite corrompus, s’allia à la très conservatrice Eglise catholique, mena une campagne virulente contre la presse indépendante et les ONG dérangeantes..
Sa réélection avec un bon tiers de voix seulement en 2006 fut interprétée par des observateurs borgnes comme un nouvel exemple du « virage à gauche » de l’Amérique latine, alors que le régime « orteguiste » bafoue les principes les plus essentiels du progressisme. Il ne suffit pas en effet d’être anti-américain pour être de gauche et l’alliance avec des tyrans comme Ahmadinejad n’est pas, que je sache, un gage de progressisme. Le régime nicaraguayen est un modèle d’autoritarisme et de népotisme qui rappelle davantage Somoza que Sandino.
Quand tirera-t-on le rideau sur la prétention du Front sandiniste de se présenter sous la bannière des valeurs de gauche ?

Brésil: Lula intimidé par les militaires, hostiles à une Commission de la Vérité

Les militaires brésiliens, qui avaient dirigé le pays d’une main de fer entre 1964 et 1985, ne sont pas vraiment rentrés dans leurs casernes. Ils viennent de le rappeler au président Lula en bloquant un projet de loi qui prévoyait notamment la création d’une Commission de la vérité, chargée d’examiner les crimes contre l’humanité commis par l’armée lors de cette période noire.
Le 22 décembre, le ministre de la Défense Nelson Jobim et les commandants suprêmes de l’armée de terre, de la force aérienne et de la marine ont présenté leur démission pour couler ce projet. Et le président a fait marche arrière, bloquant la soumission de ce texte au Congrès.
Durant la dictature, initiée par le coup d’Etat de 1964 contre le gouvernement social-démocrate de Joao Goulart, les militaires se sont rendus coupables d’innombrables crimes et atteintes aux droits de l’Homme. Lors de la période de transition vers la démocratie, ils se sont taillé une loi d’amnistie bien seyante, dont ont également bénéficié les opposants qui s’étaient engagés dans la lutte armée.
Depuis lors, aucun militaire n’a été jugé. Une chape de plomb est tombée sur le pays. L’oubli est devenu une politique officielle, comme s’il était possible de bâtir une vraie démocratie sur le silence et l’impunité.
Rassurés par cette complaisance, les militaires se sont arrangés pour conserver une part importante de leur pouvoir, en contrôlant notamment l’industrie de l’armement, source de prébendes corporatistes, et en gardant la haute main sur la politique de sécurité du pays.
Au cours de ces deux mandats, le président Lula a cherché à amadouer l’armée en approuvant une hausse des contrats d’armements (notamment avec la France). L’émergence du pays comme puissance régionale et globale, les zones de tension aux frontières (Venezuela, Colombie…), le « rééquipement » de nombreuses armées sud-américaines et l’essor exponentiel du trafic de drogue, ont fourni l’alibi de cet accroissement.
Ancien héros de l’opposition au régime militaire, Lula sait, toutefois, que sa réputation et la crédibilité de son parti (Parti des travailleurs) dépendent aussi d’une prise en considération de la mémoire des victimes de la dictature.
Le Tribunal suprême fédéral est en train d’examiner un recours sur la levée de la loi d’amnistie. Si cette loi était supprimée, des procès pourraient être entamés contre des membres de l’Establishment militaire, une perspective qui inquiète le président Lula, très conscient de la démilitarisation insuffisante de son pays et de la persistance du poids de cet Etat profond, fondé sur les services de renseignement, les bandes paramilitaires, grands propriétaires ruraux, qui constitue un garrot autour de la démocratie et de l’Etat de droit.

Chine: la diplomatie du bras d’honneur

La Chine, comme toute civilisation millénaire, a le sens des symboles : elle a inculpé Liu Xiaobo le 10 décembre, le jour anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, et l’a condamné à Noël. Guerre sur la terre aux hommes de bonne volonté.
Son crime ? « Tentative de subvertir l’ordre socialiste ». La Charte 08 qu’il a lancée l’année dernière n’est pourtant pas un brûlot anarchiste. Elle demande tout simplement aux autorités chinoises de respecter leur propre Constitution et les engagements internationaux auxquels elles ont librement souscrit.
Le régime a voulu intimider ceux qui contestent son règne mais il a surtout démontré qu’il n’avait cure des réactions de la communauté internationale. La condamnation à mort, mardi, d’un ressortissant britannique accusé de trafic de drogue est venue confirmer cette politique du bras d’honneur adressé au reste du monde.
Ceux qui avaient voulu ménager la Chine l’été dernier en se gardant de critiquer les Jeux olympiques en sont pour leurs frais. Le gouvernement chinois n’est pas amadoué par la politique d’apaisement et il considère les courbettes comme un signe de faiblesse et non pas comme une marque de respect.
Le Haut Commissaire aux droits de l’homme (la juge sud-africaine Nevanethem Pilay), les Etats-Unis par la voie de son ambassade à Pékin, des chancelleries européennes et bien sûr l’ensemble des organisations internationales de défense des droits de l’homme ont protesté contre ce verdict indigne.
Mais toutes les ambiguïtés n’ont pas disparu. La présidence suédoise de l’Union européenne a bizarrement estimé que la sentence était « disproportionnée », comme si la condamnation de Liu Xiaobo était dans une certaine mesure quand même méritée. Dans sa retenue, l’Europe manque parfois de tenue.
Les dissidents chinois entrent dans une période sombre. Ils estiment en effet qu’ils ne trouveront pas auprès des gouvernements occidentaux l’appui politique dont avaient bénéficié les contestataires de l’ex-bloc soviétique, Andrei Sakharov ou Vaclav Havel. La Chine n’est pas -pas encore ?- une menace stratégique vitale comme le fut l’Union soviétique et elle est une puissance économique émergente qui détient l’une des clés de la sortie de crise.
Dès lors, les droits de l’homme, qui avaient été considérés comme un atout de l’Occident face au Kremlin, sont perçus désormais comme un embarras et une entrave dans les rapports avec la Chine.
Que vaut un dissident face aux bons du Trésor américain ? Que vaut un esprit libre face aux convenances d’Europalia ? De plus en plus dominatrice et sûre d’elle même, la Chine tient l’Occident par la barbichette et démontre, en particulier, l’inconsistance européenne.
Si les gouvernements ont veillé à ne pas aller « trop loin » dans leur dénonciation, toutes les grandes voix morales et intellectuelles, par contre, ont exprimé leur appui au dissident emprisonné. Récemment, à New York, Paul Auster a lu des poèmes qu’il avait adressés à sa femme Liu Xia lors d’un de ses séjours en prison. Liu Xiaobo y décrivait le lever du jour sur un vide immense, les nuits d’amour perdues, le désir d’échapper à ses barreaux et à ses bourreaux.
Un poète accusé d’atteinte à la sécurité de l’Etat ? La dureté du verdict révèle d’abord l’insécurité des autorités et leurs doutes par rapport à leurs propres discours et justifications. Quand un Etat pratique la diplomatie du bras d’honneur, il avoue qu’il a perdu son honorabilité.

Le pouvoir des sans-pouvoir

Jeudi dernier, sur cette mappemonde meurtrie de mille brasiers d’autoritarisme et de haine, des centaines de milliers de bougies ont brillé dans la nuit. Et elles ont éclairé des centaines de millions de personnes privées de liberté.
Cette année, pourtant, la journée du 10 décembre, qui célèbre l’adoption en 1948 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, avait mal débuté. C’est ce jour emblématique que la Chine a choisi pour inculper Liu Xiaobo de « tentative de subversion de l’Etat ». Ce célèbre dissident, l’un des principaux auteurs de la Charte 08, risque une peine de 3 à 8 ans de prison.
Par ce geste, le gouvernement chinois a voulu indiquer que non seulement il ne se sentait pas tenu par des textes internationaux auxquels officiellement il adhère mais aussi qu’il ne tolérerait aucune pression internationale. Liu Xiaobo figurait, en effet, sur la liste de 11 prisonniers politiques dont Barack Obama avait demandé la libération lors de sa récente visite à Pékin.
Les millions de fantassins de la liberté, militants d’Amnesty International ou activistes des Ligues des droits de l’Homme, ont aussi passé une journée quelque peu orpheline parce que les caméras étaient ailleurs. Elles n’avaient d’yeux que pour Barack Obama à Oslo et pour la conférence sur le changement climatique à Copenhague.
Et pourtant, ces deux événements ont offert un cadre exceptionnel à la journée des droits de l’homme, dans la mesure même où l’état de quiétude ou de belligérance du monde et la santé de la planète ont des conséquences directes sur le respect des droits humains.
L’issue de la guerre en Afghanistan déterminera en grande partie les chances de la démocratie et de la liberté dans cette région convulsée. Elle mettra aussi à l’épreuve les valeurs dont les démocraties occidentales se réclament.
Pour les défenseurs des droits de l’homme, la réflexion ne porte pas seulement sur la notion de « guerre juste », mais aussi sur la manière dont ce conflit sera mené. La doctrine contre-insurrectionnelle, avec son recours aux bombardements aériens et aux milices paramilitaires, a presque toujours débouché sur des bavures et des brutalités, dont les civils ont été les premières victimes. Elle a presque toujours fini par saper l’argument moral invoqué pour justifier la guerre.
Face à ces doutes se profile le spectre tout aussi inquiétant de l’échec, du retour au pouvoir des Talibans et du scénario catastrophe de l’implosion du Pakistan, avec, inévitablement, un désastre pour la liberté, pour la condition des femmes et le sort des minorités.
La conférence de Copenhague sur le changement climatique s’est retrouvée, elle aussi, au cœur de la thématique des droits de l’homme. La dimension guerrière de la crise environnementale n’est plus un scénario de science fiction. Ces dernières années, au Darfour, en Afrique centrale, des centaines de milliers de personnes ont été happées dans des violences en partie provoquées par la dégradation de l’environnement ou par l’exploitation prédatrice des matières premières.
Un peu partout, d’ailleurs, le combat pour l’écologie se confond avec celui des droits de l’homme. De plus en plus, les militants de ces deux mondes, à l’image du lauréat 2009 du Prix Nobel alternatif René Ngongo, se ressemblent et se rassemblent
Ils ont les mêmes rêves de justice et de dignité. Ils ont les mêmes adversaires : les tronçonneurs fous, les empoisonneurs de rivières et les enfumeurs de mégapoles. Ils sont visés par les mêmes assassins : les tueurs à gages des entreprises, des groupes paramilitaires et des bandes criminelles qui tirent profit du massacre de l’environnement.
L’actualité des droits de l’homme ne correspond pas toujours avec les dates commémoratives. Elle surgit souvent à contretemps des calendriers officiels. Ainsi, le 7 décembre, en dépit de la répression brutale, des dizaines de milliers de personnes ont une nouvelle bravé les Basidjis, ces S.A. du régime islamiste. La vague verte a continué à défier l’Ayatolland, cet archipel de l’obscurantisme et de l’arbitraire. Et elle a lancé un magistral pied de nez à tous ceux qui voudraient nous faire croire que les peuples du Sud sont incapables de liberté et de raison.
Le 11 décembre a été tout aussi intense, avec l’ouverture à Buenos Aires du procès de l’ESMA, la sinistre Ecole mécanique de la marine, où, entre 1976 et 1983, des centaines d’opposants à la dictature militaire furent torturés avant d’être drogués, placés à bord d’hélicoptères et projetés dans les eaux de la Plata.
La veille, à Paris, la République française avait honoré de son prestigieux Prix des droits de l’homme une personne sans laquelle, sans doute, ce procès des spadassins argentins n’aurait jamais eu lieu, Horacio Verbitsky, journaliste engagé et représentant du CELS (Centre d’études légales et sociales), l’une des principales associations argentines de défense des droits de l’homme.
Créée lors de la dictature, cette association n’a eu de cesse de dénoncer le terrorisme d’Etat et de collecter des informations sur les disparus. Lorsque les militaires argentins, mis en déroute par Margaret Thatcher aux Malouines, se retirèrent, Horacio Verbitsky et ses amis exigèrent que justice se fasse. Et en dépit des décrets d’amnistie et de la volonté d’amnésie, ils ne baissèrent jamais les bras.
Théoricien du journalisme enquiquineur (« nous sommes le petit caillou dans la chaussure et le sel dans la blessure ») et praticien du journalisme fouineur, Horacio Verbitsky a multiplié au fil des années les révélations sur les turpitudes de l’armée argentine. Ses enquêtes font partie aujourd’hui des dossiers à charge et elles envoient un message sans équivoque à tous les apprentis-dictateurs. « Un jour, la justice vous rattrapera ».
Peu importent, finalement, les « marronniers », ces rendez-vous obligés de l’information. Le 10 décembre, la flamme des bougies a pu paraître frêle, mais elle avait cette « force des sans-pouvoir », comme le disait Vaclav Havel, qui, de Buenos Aires à Téhéran, provoque, tôt ou tard, les basculements les plus lumineux de l’histoire.

Tunisie (2): la position du PS

Comme nous le signalions dans un précédent blog, le président Ben Ali n’est pas en odeur de sainteté auprès des socialistes européens, même si son parti, le RCD, continue de siéger au sein de l’organisation mondiale des partis socialistes, l’Internationale socialiste (I.S.)
Dans une réponse adressée au directeur d’AIBF (Amnesty International Belgique Francophone), Philippe Hensmans, Elio di Rupo, Président du Parti socialiste (Belge francophone) et vice-président de l’Internationale socialiste, avait précisé en octobre dernier l’approche du PS.

« La présence du RCD dans l’Internationale Socialiste, notait Elio di Rupo, est un héritage historique malheureux d’une époque, les années ’70, où l’IS a souhaité avant tout s’étendre à de nouveaux continents et gagner en légitimité anticoloniale.

Aujourd’hui les choses sont différentes et la question du RCD mérité d’être examinée à nouveau.

Notons déjà que le Parti Socialiste Européen n’entretient plus de relations avec le RCD, suite à une initiative en ce sens des PS belges et français.
Notons aussi que le Forum Démocratique tunisien, qui rassemble un certain nombre d’opposants démocratiques tunisiens, est également membre de l’IS.
Notons enfin que le PS s’est engagé depuis plusieurs années dans un combat pour mettre l’éthique et la démocratie au cœur des préoccupations de l’IS. Cette politique a donné comme résultat tangible la création d’une charte éthique et d’un comité éthique de l’IS. La question tunisienne est inscrite à l’ordre du jour de ce comité et nous ne désespérons pas d’y obtenir des avancées ».

Tunisie: mais que font les socialistes?

La condamnation du journaliste rebelle Taoufik Ben Brik à 6 mois de prison sera évidemment condamnée par des parlementaires socialistes européens. Cette arrestation contredit tous les principes qui anime le PSE et toutes les valeurs dont l’Europe se réclame dans ses relations avec des pays tiers.

Ces dernières années, le PSE a régulièrement critiqué le régime tunisien. Dernièrement, le président du PSE, Poul Nyrup Rasmussen, a même levé le drapeau rouge. « Les agissements du gouvernement tunisien sont inacceptables, a-t-il déclaré. Le régime doit mieux traiter ses citoyens et ses opposants politiques. Il doit arrêter les persécutions contre ceux et celles qui osent s’opposer à lui. Le gouvernement du président Ben Ali doit respecter les libertés fondamentales s’il souhaite un approfondissement des relations avec l’UE. Un statut de partenaire avancé pour la Tunisie est hors de question au vu de la situation actuelle ».

Etrangement, les socialistes européens semblent oublier que le parti officiel tunisien, le Rassemblement constitutionnel démocratique, est membre de l’Internationale socialiste, c’est-à-dire de l’organisation, basée à Londres, à laquelle sont affiliés tous les partis socialistes européens. Le RCD participe à nombre de réunions de l’I.S. où se retrouvent aussi des socialistes européens et il utilise ces rencontres pour démontrer sa légitimité démocratique et pour se justifier auprès de son opinion.

La cohérence imposerait de suspendre ou d’exclure le RCD, mais l’Internationale socialiste devrait, dans la foulée, prendre les mêmes mesures à l’encontre de partis autoritaires qui violent également ses principes, à l’exemple du Front sandiniste de libération nationale au Nicaragua ou du Mouvement populaire de libération de l’Angola.

Pour le PSE, toutefois, la demande d’une suspension ou expulsion du RCD permettrait de lever une énorme ambiguïté. Elle indiquerait clairement la volonté des socialistes européens (et des gouvernements qu’ils dirigent ou dont ils font parie) de signaler, symboliquement, qui sont leurs vrais partenaires et leurs camarades dans un pays de leur proche voisinage.

France-Afghanistan: Descartes, reviens…

Ce matin, 29 octobre, Paul Hermant nous a fait une belle démonstration de cartésianisme, l’hommage le plus appuyé qui puisse être rendu à la France éternelle.
Je résume son propos. « Il n’y a pas de guerre en Afghanistan ! La preuve ? La France vient d’y renvoyer des demandeurs d’asile. Or, le droit international interdit de refouler des candidats réfugiés dans des pays où ils sont en danger. Cqfd ».
Je vous invite à réécouter ou à lire sa chronique sur le site de La Première.
Je vous invite aussi à vous rendre sur le site du ministère français des affaires étrangères (www.diplomatie.gouv.fr) , de cliquer sur la page « conseils aux voyageurs » et ensuite sur « Afghanistan ». Vous ne pouvez pas le rater, c’est le premier de la liste.
Le ministre ex-socialiste Eric Besson n’a pas dû lire ce texte rédigé par ses diplomates. Je vous en livre quelques extraits choisis. Comme dirait Euronews : No Comment !

« Dernière minute.
La situation de sécurité en Afghanistan s’est beaucoup dégradée depuis un an. (…)
Dans ces conditions, il est plus que jamais impérativement recommandé de différer tout projet de voyage ».

Bien sûr, ce texte contredit l’analyse du ministère, qui viole dès lors l’un des principes de base du droit international sur l’asile, le non-refoulement. Mais il montre également que les diplomates du Quai d’Orsay ne sont pas à la pointe de l’actualité et qu’ils ne réussiraient pas l’examen d’entrée de petit reporter au Courrier picard ou à La République du Centre-Ouest.
La « dernière minute » a été rédigée avant les élections du 20 août dernier. Imaginons ce que pourrait contenir une « Dernière heure » : Attention, les tribus pachtounes, il y a deux ans, ont attaqué à coups de mousquet la cavalerie de la Perfide Albion ».
Certes, comme le proclama fameusement Michel Rocard, « la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde ». Mais elle pourrait au moins rester fidèle à l’héritage intellectuel de Descartes.
A moins, bien sûr, que le ministre français n’interprète le fameux « Je pense, donc je suis » de la manière qui suit : « Je pense à mon élection et à ma carrière, donc je suis la vox populi ».

Des associations arabes pour la liberté de la presse au Maroc: l’antidote au choc des civilisations

Il y a un versant Sud de la liberté, comme l’écrivaient deux auteurs égyptiens sous le pseudo de Mahmoud Hussein. Il y a des défenseurs des libertés et des droits de l’homme dans un monde arabo-musulman trop souvent caricaturé comme un espace d’obscurantisme et d’autoritarisme.
La répression de la presse au Maroc, un pays qui nous est si proche non seulement géographiquement mais aussi et surtout en raison de l’importante communauté marocaine établie en Belgique et en France, a suscité un communiqué commun de l’International Freedom of Expression Exchange (IFEX), la “mutuelle des organisations de défense de la liberté d’expression” basée à Toronto. Et parmi les signataires, de nombreuses associations arabo-musulmanes. Comme nous l’exprimions dans une récente chronique du Soir (la dictature des bonnes intentions, 13 octobre www.lesoir.be/forum/chroniques/2009-10-13/dictature-bonnes-intentions-732198.shrml) l’alliance des esprits libres est possible et elle est de loin préférable à l’Alliance des civilisations qui unit des Etats disposés à brider les libertés au nom du “vivre ensemble”.

ACTION COMMUNE - MAROC

23 octobre 2009

Trente et un membres de l’IFEX et 24 autres organisations condamnent l’offensive contre la liberté de la presse

(ANHRI/IFEX) - Le 23 octobre 2009 - Les organisations dénoncent les arrestations et le harcèlement incessants contre les journalistes et la presse indépendente:

Nous, soussignées, organisations de défense de la liberté de la presse et de la liberté d’expression, appelons le gouvernement marocain à cesser sa campagne contre la liberté de la presse, la plus violente qu’ait connu le Royaume depuis l’accession du souverain Mohamed VI au pouvoir en 1999.

Les trois derniers mois (août-octobre 2009) ont été marqués par une recrudescence de la campagne contre la liberté de la presse au Maroc. L’hebdomadaire indépendant francophone “Tel Quel” et sa version arabophone “Nichane” ont été interdits de publication, début août 2009, pour avoir publié un sondage sur la gouvernance de Mohamed VI, jugé outrageant pour le souverain et contraire aux bonnes mœurs.

Le 28 septembre 2008, le ministère marocain de l’Intérieur a fermé les locaux du quotidien indépendant arabophone “Akhbar Al Yaoum” sans décision de justice. Taoufik Bouachrine, directeur de la publication, et le caricaturiste Khaled Keddar ont été poursuivis en justice à la suite de la publication d’une caricature qui constitue, selon le ministère de l’Intérieur, “une atteinte au respect dû à un membre de la famille royale”.

Le 15 octobre 2009, le tribunal de première instance de Rabat a condamné Driss Chahtane, directeur de l’hebdomadaire arabophone “Al Michaal”, à un an de prison ferme pour avoir publié des articles évoquant la santé du Roi Mohamed VI. Driss Chahtane a été arrêté immédiatement après l’énoncé du verdit, sans attendre la procédure d’appel. Rachid Mahamid et Mustapha Hayrane, deux journalistes travaillant dans le même journal, se sont vus infliger des peines de trois mois de prison ferme et une amende de 5.000 dirhams (environs 655 $US) sans être arrêtés.

Dans une affaire séparée, mais pour les mêmes motifs, Ali Anouzla, directeur du quotidien arabophone “Al Jarida Al Oula”, et Bouchra Edaou, journaliste dans le même journal, seront traduits en justice, à Rabat, le 26 octobre 2009, pour publication de fausses informations concernant la santé du Souverain.

Ces procès qui ciblent, essentiellement, la presse indépendante, constituent une régression grave de la liberté de la presse au Maroc et risquent d’anéantir la petite marge de liberté qui existe encore dans ce Royaume. Ils constituent aussi une menace sérieuse pour la liberté de la presse dans le monde arabe, sachant que le Maroc représente un modèle pour les journalistes de la région.

L’emprisonnement des journalistes et l’interdiction des publications au Maroc constituent, faut-il le rappeler, une violation flagrante de l’article 19 (2) du pacte international relatif aux droits civils et politiques, ratifié par le gouvernement marocain.

Cet article énonce: “Toute personne a droit à la liberté d’expression; ce droit comprend la liberté de rechercher, de recevoir et de répandre des informations et des idées de toute espèce, sans considération de frontières, sous une forme orale, écrite, imprimée ou artistique, ou par tout autre moyen de son choix”.

Nous dénonçons ces procès à caractère politique. Nous dénonçons le harcèlement incessant contre les journalistes qui accomplissent leur devoir professionnel en diffusant des informations que le gouvernement marocain juge comme étant un franchissement des lignes rouges, telles que la santé du Roi ou les affaires de corruption qui intéressent l’opinion publique.

Les organisations arabes et internationales de défense de la liberté de la presse et de la liberté d’expression, soussignées, expriment leur entière solidarité avec les journaux et les journalistes marocains victimes de ces poursuites judiciaires. Elles appellent le gouvernement marocain à mettre fin à cette campagne contre la liberté de la presse et à abolir les peines privatives de liberté dans les procès de presse. Elles appellent, également, le gouvernement marocain à lever l’embargo imposé au quotidien “Akhbar Al Yaoum” et à l’autoriser à reparaître.

Les organisations signataires:

Arabic Network for Human Rights Information

ARTICLE 19: Global Campaign for Free Expression

Adil Soz - International Foundation for Protection of Freedom of Speech

Arab Archives Institute

Association Mondiale des Journaux et des Éditeurs de Médias d’Information

Bahrain Center for Human Rights

Cairo Institute for Human Rights Studies

Canadian Journalists for Free Expression

Center for Media Studies & Peace Building

Centro de Reportes Informativos sobre Guatemala

Comité por la Libre Expresión

Ethiopian Freepress Journalists’ Association

Exiled Journalists Network

Freedom House

Greek Helsinki Monitor

Index on Censorship

Institute of Mass Information

International Press Institute

Le Comité pour la protection des journalistes

Maharat Foundation (Skills Foundation)

Media Institute of Southern Africa

Media Rights Agenda

Media Watch

Pacific Freedom Forum

Pacific Islands News Association

Pakistan Press Foundation

Palestinian Center for Development and Media Freedoms

Public Association “Journalists”

Reporters sans frontières

The Egyptian Organization For Human Rights

World Press Freedom Committee

Al-Karamah “Dignity” Foundation for Human Rights, Egypt

Andalus Institute for Tolerance and Anti-Violence Studies, Egypt

Arab Commission for Human Rights

Arab-European Forum for Human Rights

Arab Organization for Supporting the Civil Society and Human Rights

Arabic Program for Human Rights Activists, Egypt

Association for Freedom of Thought and Expression, Egypt

Awlad Alard Organization for Human Rights

Bahraini Association for Human Rights

Bahrain Youth Society for Human Rights

Damascus Center for Theoretical and Civil Rights Studies, Syria

Egyptian Association against Torture

Egyptian Center for Economic and Social Rights

Egyptian Initiative for Personal Rights

Euro-Arab Forum for Freedom of Expression

General Assembly for Human Rights Defenders in the Arab World, France

Hisham Mubarak Law Center, Egypt

Human Rights First Society, Saudi Arabia

Nadeem Center for Psychological Therapy and Rehabilitation of the Victims of Violence, Egypt

One World for Development and Sustainability of Civil Society

Palestinian Human Rights Foundation (Monitor)

Reporters without Rights

Voix Libre pour les Droits de l’homme, Switzerland

Yemeni Organization for the Defense of Democratic Rights and Freedom

Niger, Ouzbékistan: qui a du pétrole? La réponse de l’Union européenne

La chancelière allemande Angela Merkel jouissait jusqu’ici d’une réputation de « Jeanne d’Arc » des droits de l’homme. Le ton moins chaleureux qu’elle avait adopté à l’égard des dirigeants chinois et russes tranchait, en effet, avec les courtoisies de son prédécesseur social- démocrate, Gerhard Schroeder.
Pour les analystes, la sensibilité de dirigeante chrétienne-démocrate reflétait l’expérience qu’elle avait vécue à l’époque de la très répressive République démocratique allemande.
Au point d’aller jusqu’à faire passer la vertu avant les intérêts économiques et militaires de l’Allemagne ?
Aujourd’hui, les militants des droits de l’homme n’en sont plus aussi sûrs et la colère gronde à l’égard de la chancelière. Ce sont, en effet, les pressions exercées par Berlin qui ont amené, mardi, l’Union européenne à lever l’embargo sur les armes qui avait imposé à l’Ouzbékistan, pays autoritaire d’Asie centrale, à la suite du massacre d’Andijan en 2005.
L’Allemagne a traditionnellement suivi avec intérêt l’Asie centrale, mais cette attention s’est accrue ces dernières années en raison des investissements de l’industrie allemande en Ouzbékistan et de la volonté de diversifier les approvisionnements énergétiques (par rapport à la Russie surtout).
L’Allemagne dispose également d’une base militaire importante (à Termez, dans le sud du pays) qui sert à ravitailler le contingent allemand déployé en Afghanistan.
Officiellement, pour l’Union européenne, le gouvernement ouzbèke a fait des progrès sensibles dans le domaine des droits de l’homme. Un constat rejeté par l’ensemble des ONG qui dénoncent la poursuite de la répression, la censure et la torture ainsi que le recours au travail des enfants (2 millions d’entre eux, selon l’International Crisis Group, sont forcés de travailler à la récolte du coton).
En privé, les diplomates européens rejoignent l’avis des ONG, mais la raison d’Etat a primé. Et l’Union européenne, une nouvelle fois, a fait montre de son double langage. Selon que vous serez faible ou puissant…
Bruxelles a annoncé un embargo sur les armes destinées à la Guinée, où 150 personnes ont été assassinées par l’armée. Elle vient de lever celui imposé à l’Ouzbékistan, où l’armée à tué au moins 187 personnes. A votre avis, quel pays a du pétrole ?

Guinée: la Chine oublie son histoire de colonisée

L’accord de coopération économique signé entre la Chine et le gouvernement militaire au pouvoir en Guinée a été très mal reçu par l’Union européenne, les Etats-Unis et la Communauté des pays d’Afrique de l’Ouest.
Annoncé quelques jours après le massacre par l’armée d’au moins 150 personnes dans le stade de Conakry, ce contrat a suscité l’indignation de l’opposition guinéenne et de l’ensemble des organisations de défense des droits de l’homme.
Il ressemble aussi à une provocation. Pékin déclare urbi et orbi que la volonté ou la prétention de l’UE et des Etats-Unis de fonder les relations internationales sur un socle minimal de respect des droits de l’homme sont illusoires et que ceux qui s’en réclament sont des naïfs ou des hypocrites.
La Chine envoie constamment deux messages à la communauté internationale : d’un côté, elle exprime son souci d’apparaître comme un partenaire fiable et respectable ; de l’autre, elle applique, au nom du dogme du respect de la souveraineté nationale des pays partenaires, une politique étrangère qui appuie les régimes parias, du Soudan à la Birmanie.
Les pays européens et les Etats-Unis ont évidemment des raisons de se tortiller lorsqu’ils maugréent face à la politique chinoise. Ils ont de plus en plus adopté ces derniers mois une attitude conciliation à l’égard de Beijing, en raison notamment de l’importance cruciale de l’économie chinoise pour sortir de la crise. Et ils sont loin d’appliquer à la lettre les principes qui, rhétoriquement, guident leurs politiques. Les « doubles standards » restent la règle et les pays semoncés par l’UE sont en général des pays sans grande importance économique ou stratégique.
Le respect des droits de l’homme, toutefois, n’est pas seulement le souci des « belles âmes ». La brutalité des militaires guinéens représente un danger non seulement pour leur population, mais aussi pour l’ensemble d’une région extrêmement fragile, l’Afrique de l’Ouest, qui subit de plein fouet la crise économique mondiale et qui est rongée par l’explosion du trafic de drogue, en provenance d’Amérique latine et en direction de l’Europe.
En d’autres termes, les violations des droits de l’homme en Guinée représentent aussi un enjeu de nature stratégique et il serait judicieux que la Chine se concerte avec l’UE, les Etats-Unis et l’Afrique pour éviter que ses initiatives commerciales n’attisent les tensions et n’accélère l’effondrement d’un Etat.
Si la Chine veut mériter la réputation amène dont elle se targue, si elle veut aussi éviter d’être perçue par les démocrates guinéens comme une nouvelle puissance coloniale aussi arrogante que la vieille Europe, elle doit cesser de se comporter comme si l’on était encore au XIXe siècle, temps des concessions et de la canonnière sur le Yang Tsé. Sinon, elle pourrait être la cible, en Afrique, d’une « révolte des Boxers ».
Le nationalisme africain n’est pas différent du nationalisme chinois : il se nourrit lui aussi de l’humiliation et du ressentiment provoqués par la domination, l’exploitation et l’oppression.

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