En 2011, l’Iran a connu une augmentation alarmante du nombre de
personnes, pauvres pour la plupart, mises à mort pour des infractions liées
à la législation sur les stupéfiants, écrit Amnesty International dans un
nouveau rapport publié jeudi 15 décembre.
Dans ce document de 44 pages intitulé Addicted to Death : Executions for
Drug Offences in Iran
(retrouvez-le ici:
http://www.amnestyinternational.be/doc/s-informer/actualites-2/article/iran-
il-faut-enrayer-l>)
l’organisation indique qu’au moins 488 personnes ont été
exécutées pour des infractions présumées en lien avec les stupéfiants depuis
le début de l’année 2011, c¹est-à-dire presque trois fois plus qu’en 2009,
année pour laquelle Amnesty International avait recensé pas moins de 166
exécutions pour de telles infractions.
Au total, en se basant sur des sources officielles et non officielles,
l’organisation a recensé quelque 600 exécutions en 2011, dont environ 81 %
pour des infractions liées à la législation sur les stupéfiants. Les
autorités iraniennes doivent cesser de recourir à la peine capitale contre
les personnes accusées de telles infractions.
« En vue de juguler l’énorme fléau que représente la drogue, les
autorités iraniennes sont prises d’une folie meurtrière d’une ampleur
alarmante, lors même qu’aucun élément ne prouve que les exécutions sont plus
efficaces que l’incarcération pour dissuader les trafiquants, a indiqué Ann
Harrison, directrice adjointe du programme Afrique du Nord et Moyen-Orient
d’Amnesty International.
« Les infractions liées à la drogue sont en première ligne pour expliquer
l’augmentation brutale des exécutions que nous constatons depuis un an et
demi. Au bout du compte, l’Iran doit abolir la peine de mort pour tous les
crimes, mais en renonçant dans un premier temps à exécuter les auteurs
d’infractions à la législation sur les stupéfiants, pratique qui bafoue le
droit international, il diminuerait nettement le nombre total d’exécutions.
»
Amnesty International a indiqué que vers le milieu de l’année 2010 elle a
commencé à recevoir des informations crédibles selon lesquelles une nouvelle
vague d’exécutions ciblait les personnes reconnues coupables d’infractions à
la législation sur les stupéfiants. On l’a notamment informée d’exécutions
massives opérées en secret à la prison de Vakilabad, à Meched, dont une, le
4 août 2010, concernait plus de 89 personnes.
Les autorités iraniennes ont officiellement reconnu 253 exécutions en
2010, dont 172 personnes condamnées pour trafic de stupéfiants
représentant près de 68 % du total. Toutefois, Amnesty International a reçu
des informations crédibles faisant état de plus de 300 exécutions
supplémentaires, dont la grande majorité concernait semble-t-il des
infractions à la législation sur les stupéfiants.
Les condamnations sont presque toujours prononcées à l’issue de procès
manifestement inéquitables ; bien souvent, les familles et les avocats des
accusés sont prévenus très peu de temps avant l’exécution, lorsqu’ils le
sont. Les membres de groupes marginalisés, notamment les populations
défavorisées, les minorités ethniques victimes de discrimination et les
étrangers, en particulier les Afghans, sont les plus exposés aux exécutions
pour infractions à la législation sur les stupéfiants.
Mohammad Jangali, chauffeur stagiaire de poids lourds âgé de 38 ans,
membre de la minorité Kouresunni, une petite communauté de sunnites ralliée
à la minorité azérie majoritairement chiite, a été exécuté le 10 octobre. De
la drogue avait été découverte dans le camion qu’il conduisait près
d’Oroumieh en 2008. Il aurait été contraint de signer des « aveux » préparés
par le ministère du Renseignement après avoir été torturé.
Ses proches n’ont rien su de cette affaire, jusqu’à ce qu’ils soient
contactés par la prison et avertis que Mohammad Jangali allait être exécuté
huit heures plus tard et qu’ils devaient venir sans tarder s’ils
souhaitaient le voir. Jusqu’à son exécution, il n’a cessé de clamer qu’il
ignorait que le camion transportait de la drogue.
Selon Amnesty International, pas moins de 4 000 ressortissants afghans se
trouvent dans le quartier des condamnés à mort pour des infractions liées au
trafic de stupéfiants. Il semble qu’ils soient particulièrement mal traités
par le système judiciaire.
Certains Afghans auraient été exécutés sans même avoir été jugés,
apprenant l’imminence de leur exécution par les autorités carcérales. En
outre, des informations continuent de parvenir à Amnesty International selon
lesquelles on ôte la vie à des mineurs délinquants condamnés pour des
infractions liées aux stupéfiants, bien que les responsables iraniens
soutiennent le contraire.
L’Iran se place au quatrième rang mondial concernant le nombre de décès
liés à la drogue, à savoir 91 pour un million d’habitants âgés de 15 à 64
ans. C’est aussi une voie de passage internationale majeure pour le trafic
de drogue. Au cours des dernières années, l’Iran a reçu une aide
internationale, y compris de plusieurs États européens et des Nations unies,
afin de faire barrage au flux de drogues qui traverse ses frontières.
L’Union européenne fournit 9,5 millions d¹euros sur trois ans, destinés à
un projet basé en Iran visant à renforcer la coopération régionale en
matière de lutte contre le trafic de drogues. La police fédérale allemande
doit notamment participer à la création de laboratoires médicolégaux dans la
région.
L’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDD) a versé
près de 22 millions de dollars (près de 17 millions d¹euros) depuis 2005
pour financer des projets de formation aux services iraniens de lutte contre
le trafic de drogue.
La Belgique, la France, l’Irlande et le Japon ont précédemment contribué
à un programme de chiens renifleurs de l’ONUDD ; cet organisme a également
fourni des kits de détection de drogue à l’Iran.
La Norvège, le Danemark et l’Allemagne se sont engagés à fournir des
fonds de 2011 à 2014 pour financer un programme de l’ONUDD de coopération
technique sur la drogue et le crime en Iran.
Le programme de l’ONU est censé contribuer à promouvoir des réformes dans
le système judiciaire iranien afin de l’aligner sur les normes
internationales. Toutefois, lors d’une visite en Iran en juillet 2011, le
directeur exécutif de ‘¹ONUDD a fait l¹éloge du travail des services
iraniens de lutte contre le trafic de drogue, sans mentionner l’application
croissante de la peine de mort pour des infractions à la législation sur les
stupéfiants.
« Les pays et les organisations internationales qui aident les autorités
iraniennes à arrêter les auteurs présumés d’infractions à la législation sur
les stupéfiants doivent tous examiner longuement et en profondeur les
conséquences potentielles de cette coopération et les mesures susceptibles
d¹enrayer la forte augmentation du nombre d¹exécutions, a estimé Ann
Harrison.
« Ils ne peuvent se contenter de détourner le regard alors que des
centaines de personnes pauvres sont tuées chaque année sans bénéficier de
procès équitables, apprenant bien souvent qu¹elles vont être mises à mort
quelques heures seulement avant d’être exécutées. »