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Jo Berry et Pat Magee : la rencontre impensable entre une victime du terrorisme et le terroriste

Jeudi, avril 1st, 2010

“Mon engagement est de voir l’humanité en chacun.”
Jo Berry

En 1984, dans un hôtel de Brighton (Angleterre), une bombe explose, tuant entre autres le père de Jo Berry. Le poseur de bombe ? Pat Magee, un terroriste de l’IRA (l’Armée républicaine irlandaise) qui lutte par les armes contre la présence britannique en Irlande.
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Jo Berry et Pat Magee.
Lorsque son père tant aimé a été tué, Jo a été plongée dans un conflit dont elle ne savait pas grand chose. Elle a cherché à comprendre ce qui pouvait amener un être humain à poser de tels actes.

Né à Belfast, Pat Magee, militant de l’IRA, a été condamné à plusieurs peines de prison à vie pour l’attentat de Brighton. Il est libéré en 1999, suite aux accords de paix en Irlande du Nord.

En 2000, seize ans après l’attentat, Jo a rencontré Pat Magee, l’homme responsable de la mort de son père. Rencontre extrêmement difficile, la première d’une longue série. Pat était venu en tant que militant politique, convaincu par la justesse de sa cause et des moyens utilisés. Il s’attendait à la colère, aux insultes. Or Jo était venue pour écouter, essayer de comprendre. Cette attitude finit par le déstabiliser et lui permit de quitter une approche idéologique pour entrer dans une relation humaine : Jo parle de son père avec tendresse, tandis que Pat évoque sa propre histoire. Impliqué dans le conflit armé à l’âge de 19 ans, après avoir vu comment une communauté de petits nationalistes étaient maltraités par les Britanniques, Pat est resté actif dans le mouvement républicain durant 28 ans.

Jo parvient souvent à l’empathie : elle a alors une vision claire de la vie de Pat et peut comprendre son engagement. Pour Pat, le chemin fut aussi long et douloureux. Il finit par accepter de renoncer aux certitudes d’antan et retrouver en lui le chemin de l’humanité. Il sait maintenant qu’il a nui gravement à des êtres humains, qu’il a eu tort de pratiquer le terrorisme, de tuer des innocents. Ce n’était pas le bon chemin pour réaliser la cause qu’il défendait.

Les rencontres entre Jo et Pat restent difficiles, même s’ils luttent maintenant ensemble pour la paix. Après une longue maturation, Jo Berry et Pat Magee, refusant l’instinct de vengeance, ont uni leurs forces pour créer une association « Building Bridges for Peace » dont le but est de contribuer à la paix, à travers la volonté de comprendre l’autre. Ils ont ainsi témoigné auprès du Parlement européen dans le cadre du conflit basque.

Ils savent aussi que si Pat avait été condamné à mort, leur rencontre aurait été impossible, Jo n’aurait pu entamer son processus de deuil, Pat n’aurait pu franchir ce chemin intérieur vers l’instauration de la paix. Tous deux ont témoigné à diverses reprises contre la peine de mort.

Jo et Pat sont la preuve vivante qu’entre ennemis, le dialogue et la réconciliation sont possibles.

G. Clerbaux

Les Caraïbes : quelles stratégies pour abolir la peine de mort ?

Jeudi, avril 1st, 2010

Les Caraïbes représentent un grand nombre d’Etats d’Amérique centrale ou du sud. Outre les langues créoles, on y parle la langue des anciens colonisateurs : selon les pays, l’espagnol, l’anglais, le français ou le néerlandais. Quelles voies emprunter pour arriver à l’abolition de la peine de mort ?

Pays abolitionnistes / pays rétentionnistes
Douze pays des Caraïbes sont abolitionnistes en droit ou en pratique. Parmi ces pays, le Venezuela et le Costa Rica ont été parmi les premiers au monde à abolir la peine de mort (respectivement en 1863 et 1887). La plupart de ces pays abolitionnistes sont d’anciennes colonies espagnoles (Colombie, Costa Rica, République dominicaine, Grenade, Salvador, Haïti, Honduras, Mexique, Nicaragua, Panama, Suriname, Venezuela).
Treize pays maintiennent la peine de mort (dont Cuba, Guatemala et les Caraïbes anglophones dont la Jamaïque).
Un cas très particulier : celui de Porto Rico. Ce pays a aboli la peine de mort en 1929, l’a interdit dans sa Constitution en 1952 mais la peine de mort pourrait être appliquée en raison des relations politiques avec les Etats-Unis : rachetée par les Etats-Unis en 1905, l’île de Porto Rico a le statut d’Etat «libre associé», qui la soumet aux lois fédérales américaines !…

Facteurs qui contribuent au maintien de la peine de mort
- Les Caraïbes ont un des taux de criminalité les plus élevés de la planète. La peine de mort s’inscrit dans une politique de sévérité contre le crime.
- L’opinion publique et les politiciens soutiennent massivement la peine de mort.
- La peine capitale est aussi ressentie comme une question d’identité et d’indépendance nationale et régionale par rapport aux anciennes puissances colonisatrices européennes.
- Enfin, l’influence des USA est importante. Le maintien de la peine de mort dans bon nombre d’états américains a un effet miroir dans les Caraïbes.

L’opinion publique dans les Caraïbes et les politiciens
Dans la plupart des pays des Caraïbes, la population est massivement en faveur de la peine de mort. Cette adhésion générale ne peut se comprendre que dans le contexte de pauvreté extrême qui entraîne un niveau de violence très élevé (Bahamas, Trinité, Kingston en Jamaïque…). Après l’Afrique du sud et la Colombie, la Jamaïque a ainsi le taux de meurtres le plus élevé au monde. La plupart des meurtres sont « absurdes » : ils sont perpétrés pour une somme d’argent dérisoire. D’autre part, le trafic de drogues vers les USA contribue, par les conflits entre les gangs, à cette violence extrême. La violence domestique envers les femmes est couramment pratiquée : beaucoup pensent qu’il est acceptable de battre sa femme et le nombre de viols est élevé. Les tensions ethniques (surtout à Trinité et en Guyane) contribuent également à ce climat de violence généralisé. Enfin le rôle de la religion est déterminant : de nombreuses églises chrétiennes se fondent sur l’Ancien Testament qui justifie l’antique loi du talion : « œil pour œil, dent pour dent » ; l’imprégnation de ce discours religieux est omniprésente.
Pour toutes ces raisons, la population, excédée, se tourne vers le politique dans l’espoir d’endiguer le crime et réclame la peine de mort.
Cependant, quand les gens sont confrontés concrètement à la peine de mort, comme ce fut le cas à Trinité en 1999 (9 pendaisons), la réalité devient humainement insoutenable ainsi qu’en attestent des gardiens de prison qui ont parlé de leurs traumatismes liés au fait d’avoir conduit ces neuf personnes à la mort.
Comment les politiciens répondent-ils à la demande de l’opinion publique ? Pour des raisons électorales, il est extrêmement difficile pour eux de s’opposer à la peine de mort, même lorsqu’ils sont personnellement des abolitionnistes convaincus. Ils savent en effet que la peine de mort n’a aucun effet dissuasif : beaucoup de jeunes caribéens sont convaincus que, de toute façon, ils ne vivront pas longtemps…

Quelles voies pour l’abolition ?
Le contexte de pauvreté et de violence extrêmes, le rôle prégnant de la religion, l’opinion publique et les politiciens sont défavorables à l’abolition de la peine capitale. Actuellement, les seuls à pouvoir faire évoluer leurs pays sont des juristes courageux. La voie juridique protègerait les politiciens, mal pris par rapport à leur opinion. La Commission interaméricaine des droits de l’homme pourrait être une aide précieuse. L’évolution aux Etats-Unis où on constate une diminution du nombre de condamnations à mort et d’exécutions pourrait à terme également jouer un rôle. Les stratégies américaines pourraient être importées, par exemple l’implication de familles de victimes. Enfin, les communautés migrantes pourraient jouer un rôle et aider à faire évoluer la situation actuelle de blocage.

G. Clerbaux

Quelques photos du congrès de Genève 2010

Vendredi, mars 26th, 2010

Cellule condamne a mort du Texas

Cellule d’un condamné à mort du Texas©B.Carter/AIBF

Photos anciens condamnes a mort innocentes

Photos d’anciens condamnés à mort innocentés©B.Carter/AIBF

Robert Badinter à la cérémonie de clôture du Congrès
Robert Badinter à la cérémonie de clôture du Congrès©B.Carter/AIBF

Les familles de victimes qui s’opposent à la peine de mort©B.Carter/AIBF
Les familles de victimes qui s’opposent à la peine de mort©B.Carter/AIBF

L’homme au milieu, Bud Welch, a perdu sa fille dans l’attentat terroriste d’Oklahoma City en 1995
L’homme au milieu, Bud Welch, a perdu sa fille dans l’attentat terroriste d’Oklahoma City en 1995©B.Carter/AIBF

La coordination peine de mort d’Amnesty International Belgique présente au Congrès
La coordination peine de mort d’Amnesty International Belgique présente au Congrès©B.Carter/AIBF

Helen Prejean, la religieuse qui a inspiré le livre et le film “Dead Man walking”
Helen Prejean, la religieuse qui a inspiré le livre et le film “Dead Man walking”©B.Carter/AIBF

Les Kids Against Death Penalty
Les Kids Against Death Penalty©B.Carter/AIBF

4ème Congrès mondial contre la peine de mort. Genève (Suisse) du 24 au 26 février 2010. Compte rendu

Mercredi, mars 24th, 2010

AMNESTY INTERNATIONAL FRANCE - Commission Abolition de la peine de mort

Parrainé par la Confédération suisse, organisé par Ensemble contre la peine de mort (ECPM) en partenariat avec la Coalition mondiale contre la peine de mort dont Amnesty International est membre, le 4ème Congrès mondial contre la peine de mort s’est tenu au Centre international de conférences de
Genève, les 24, 25 et 26 février 2010, à l’invitation de Mme Calmy Rey, présidente de laConfédération suisse.
Selon ECPM plus de 1 500 personnes venant de 100 pays s’étaient inscrites. Les minutes du Congrès sont annoncées par ECPM pour dans six mois.
Après la séance d’ouverture au Palais des Nations, le Congrès a continué au Centre international des conférences de Genève (CICG) avec deux séances plénières, dix tables rondes, neuf ateliers et différentes rencontres. La cérémonie de clôture a été suivie d’une marche finale devant le Palais des
Nations unies. Un programme simplifié est donné en Annexe 1, page 19.
L’ambiance du Congrès est très particulière et impressionnante. Hall d’entrée du CICG avec des stands tenus par de nombreuses associations dont AI Suisse, présentant des pétitions à signer. Un Suisse a recréé une cellule de condamné aux USA, nous pouvons la visiter. Au milieu d’une salle sombre une
chaise électrique est exposée. Emotion, nausée…
Compte tenu du grand nombre d’intervenants, la durée des séances a souvent très largement dépassé le temps imparti, les modérateurs n’osant pas interrompre des personnalités de haut niveau. La marche finale devant le Palais des Nations unies en a pâti.
La déclaration finale est en Annexe 2, page 20.

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Le Congrès a réuni des personnalités politiques, des représentants d’institutions internationales, d’organisations non gouvernementales, de la société civile, des journalistes, de simples militants….
Bien sûr, tous les participants se sont déclarés pour l’abolition universelle. Il semble difficile de faire venir une voix discordante.
L’objectif de ce congrès était principalement :
- Inciter les Etats abolitionnistes et les Organisations Inter gouvernementales (OIG) à plus d’engagements et de coopérations avec les Organisations non
gouvernementales (ONG) et autres acteurs de la société civile ;
- Inciter la création et le développement de coalitions locales contre la peine de mort.
Les raisons d’abolir ont été réaffirmées aussi bien lors des séances plénières que durant les tables rondes. En particulier l’absence de dissuasion et le risque de tuer un innocent. L’abolition n’est pas contraire à la sécurité. Au New Jersey, le nombre de crimes a diminué après l’abolition.
Maintenue dans l’ignorance de ce qu’est la peine capitale, l’opinion publique des pays qui maintiennent ce châtiment est généralement en sa faveur et c’est cette position qui est presque toujours mise en avant par les gouvernements favorables au maintien de la peine capitale. C’est pourquoi les
abolitionnistes demandent que la question de la peine de mort soit débattue dans la société civile.
Les parlementaires doivent guider le peuple, pas se contenter de suivre l’opinion publique. L’abolition n’est pas contraire à la sécurité. Le débat est plus facile quand il y a un « champion » politique en faveur de l’abolition au parlement. Toutefois le parlement peut être pour le maintien de la peine de
mort. Au Pakistan, le Président Asif Ali Zardari proposait une commutation générale pour tous les condamnés, mais il a dû reculer devant une forte opposition.
Tous les intervenants considèrent les deux résolutions de l’ONU appelant à un moratoire sur les exécutions comme un très grand pas en avant vers l’abolition. D’ailleurs le Premier ministre espagnol estime que le respect de ce moratoire au niveau mondial en 2015 est « un objectif à notre portée » ;
pour l’atteindre, il créé une Commission internationale contre la peine de mort qui sera opérationnelle au second semestre de cette année.
Lire la suite : fichier pdf ci-jointRapport sur le 4e congrès mondial ( AI France)

Témoignage de Bud Welch recueilli par le Courrier de l’ACAT

Lundi, mars 22nd, 2010

Novembre 1999
Extraits.
« Ma fille unique, Julie, âgée de 23 ans, diplômée de l’université du Wisconsin en espagnol, venait juste d’avoir un travail de traductrice auprès des services de la sécurité sociale à Oklahoma City, où elle a été tuée le 19 avril 1995.
Toute ma vie j’ai été opposé à la peine de mort, comme l’étaient mes parents et mes grands-parents. Et je voudrais vous dire comment on peut passer d’un esprit de vengeance et de rage extrêmes à un esprit de réconciliation. En effet, pendant les 4 premières semaines qui ont suivi l’attentat d’Oklahoma City, les deux responsables de cet attentat, Tim Mc Veigh et Terry Nichols, ont été arrêtés et accusés. Au début, tout ce que je souhaitais, c’était de les voir disparaître ; je souhaitais leur mort.
Cela m’a pris encore huit mois pour commencer à reconsidérer mes émotions et à réaliser ce que la peine de mort aux Etats-Unis voulait dire. Que les accusés soient déclarés coupables, qu’ils soient exécutés, ne ramènerait jamais Julie. Je m’en suis rendu compte - et jamais aucune vengeance, jamais aucune haine ne pourront changer cette situation. C’est pour ces raisons - de vengeance et de haine contre l’Etat - que Julie et 168 autres personnes sont mortes dans cet attentat.
A la fin du mois de janvier 1996, j’étais personnellement très malade, malade physiquement, psychologiquement et mentalement. Et il a fallu que je me réconcilie avec moi-même. J’ai réalisé que je ne souhaitais pas la peine de mort - et à ce moment-là, une fois ce travail accompli, j’ai senti que, physiquement et mentalement, je commençais à cicatriser.
Environ deux ou trois semaines après l’attentat, j’ai vu Bill Mc Veight, le père de Tim, à la télévision. Une équipe de télévision s’était rendue chez lui, dans l’Etat de New York, dans la zone rurale où il habitait. Il était devant sa maison. Pendant deux brèves secondes, Bill s’est tourné vers l’objectif de la caméra. Et ce que j’ai vu dans ses yeux était une douleur… une douleur que la plupart des parents ne peuvent pas reconnaître, mais que moi j’ai reconnue parce que je la connaissais.
Au mois de septembre 1998, j’ai reçu un appel d’une religieuse d’une prison de l’ouest de New York qui me demandait de venir parler contre la peine de mort dans des universités, des écoles et autres. Après avoir parlé à la religieuse, nous avons pris rendez-vous pour que je me rende au domicile de Bill Mc Veight. Je dois dire que j’étais très tendu avant cette réunion. Je suis arrivé devant la maison, j’ai frappé à la porte, j’avais les genoux qui flageolaient, et il est arrivé. Pendant que j’étais à New York, on m’avait dit qu’il avait un jardin derrière sa maison dont il était très fier. J’ai donc parlé de cela. Etant donné que je viens d’une région agricole de l’Oklahoma, je me disais que nous pourrions peut-être trouver un terrain d’entente dans ce jardin. Après avoir passé une demi-heure dans le jardin, nous sommes entrés dans la maison, où nous avons trouvé la fille de Bill âgée de cinq ans, et il nous a présentés.
Nous nous sommes assis à la table de la cuisine, Bill était à ma gauche et Jennifer, la petite fille, en face. Sur le mur, il y avait une photo de famille sur laquelle on voyait très clairement Tim. Je regardais ce mur, je regardais cette photo et je me rendais compte qu’il se rendait compte que je regardais cette photo. Bill m’avait dit dans le jardin qu’il avait toujours eu de grandes difficultés à exprimer ses émotions, qu’il ne pleurait pas facilement. Au moment où je regardais la photo, Bill m’a dit qu’elle avait été prise le jour où Tim avait reçu son diplôme de fin d’études du lycée, et j’ai vu une larme couler sur sa joue. J’ai pu me rendre compte à ce moment-là combien ce père aimait profondément son fils. Nous avons ensuite continué notre conversation pendant plus de deux heures.
Je me suis rendu compte que Bill Mc Veight était un homme qui avait travaillé dur toute sa vie, comme moi. Il travaillait depuis 1936 pour General Motors, et moi, cela faisait trente-cinq ans que je travaillais dans ma station service. En fait, dans cette pièce, il y avait deux pères, deux pères qui avaient essayé de faire de leur mieux pour leurs enfants. Et puis, quelque chose était arrivé.
A la fin de cette visite, je me suis levé et j’ai tendu la main à Bill. Nous nous sommes serrés la main. La petite Jennifer a fait le tour de la table, je lui ai tendu la main, mais elle est venue vers moi et m’a attrapé par le cou. Je ne sais pas qui a commencé à pleurer le premier, je suppose que c’est moi. Et les pleurs sont devenus sanglots. Lorsque j’ai repris le contrôle de moi-même, je lui ai dit : « Ecoute ma chérie, c’est simple. Nous sommes trois ici, et nous avons un problème tous les trois pour le reste de notre vie. Mais, personnellement, je ne veux pas, je ne souhaite pas que ton frère meure et je ferai tout pour l’empêcher.
Je suis ensuite parti. J’ai fait le trajet entre New York, et Buffalo, et pendant tout le trajet je n’ai pas cessé de sangloter. Mais je me sentais tellement soulagé, tellement soulagé et tellement plus proche que jamais de Dieu, que j’aie eu l’impression que des tonnes de briques étaient tombées de mes épaules. Le fait que j’ai été en mesure de parler à la famille du coupable était une chose extraordinaire qui m’avait beaucoup soulagé. On m’a dit ensuite que, lorsque ses voisins ont entendu Bill, ils ont dit que sa voix était bien différente de celle qu’il avait eue pendant des années. »
Bud a conclu : « S’il vous plaît, aidez-nous à demander l’abolition de la peine de mort aux Etats-Unis. Je vous remercie beaucoup. »

G. Clerbaux

Des enfants, victimes indirectes de la peine de mort, se battent… Kids Against the Death Penalty (Texas, USA)

Lundi, mars 22nd, 2010

Ils ont 12, 13 et 15 ans. Ils refusent un jugement inique qui fait de leur oncle un meurtrier, condamné à mort. Ils refusent d’être des victimes qui se taisent devant le meurtre planifié par l’État. Ils refusent la peine de mort, toujours et partout.

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Leur oncle Jeffrey Wood est dans le couloir de la mort au Texas. A-t-il tué ? Non. Il est condamné en vertu de « la loi des parties ». Selon cette loi, les personnes coupables d’avoir aidé un meurtrier peuvent être condamnées à mort tout comme lui. La « loi des parties » a été adoptée dans quelques États américains, mais seul le Texas l’applique jusqu’à la peine capitale.

Pourquoi donc Jeff Wood a-t-il été condamné à mort et risque-il l’exécution ?
En 1996, Jeff Wood faisait le guet pendant que son complice braquait une station-service. Durant le vol, ce complice a abattu le gérant. Alerté, Wood est entré dans la station et a aidé son associé à arracher la caméra de surveillance, à s’enfuir et à cacher l’arme du crime.
En 1998, les deux hommes ont été condamnés à mort. L’auteur du meurtre a déjà été exécuté en 2002. Jeff Wood est toujours dans une démarche de procédures.

Les neveux de Jeff Wood ont décidé de fonder leur propre association abolitionniste, Kids Against the Death Penalty, et collaborent à la plupart des associations abolitionnistes du Texas.

Leur témoignage montre à quel point les proches des condamnés à mort sont des victimes à part entière :
« Le 21 août 2008, nous étions à quelques heures de l’exécution de notre oncle. Heureusement, il a reçu un sursis pour des questions de compétence. Mais pouvez-vous imaginer dire adieu pour toujours à quelqu’un que vous aimez ?
Ma cousine Paige, la fille de Jeff, a tenté de se suicider parce qu’elle ne supportait pas la pression de perdre son père ni les insultes des gens qui la considéraient comme la fille d’un meurtrier – ce qu’il n’est pas. Mais, comme c’est la charge retenue contre lui, c’est comme cela que les gens l’appellent. Un meurtrier. Ma mère et ma tante Christine ont eu des dépressions et elles ont dû parler à des spécialistes. D’autres membres de la famille ont dû prendre des antidépresseurs et des tranquillisants parce que cela les a durement affectés. Cela a aussi affecté notre travail scolaire et notre vie sociale.
Mais ce qui m’énerve vraiment, c’est que je revois toujours ma mère pleurer et crier pour mon oncle quand il devait aller à l’exécution. C’est une image qui me hante. Mais la victimisation va plus loin et plus profondément que ces émotions. Des gens nous ont crié dessus et nous ont traités de « putes de prison » ou d’« abrutis gauchistes attendris ». Nous avons perdu des amis. Des gens ont essayé de nous écraser avec leur voiture quand nous manifestions. Ils criaient que nous devrions être dans le couloir de la mort avec le reste de la racaille. Des gens ont sorti leur pistolet devant nous. Nos parents ont perdu des emplois et des revenus. Certains d’entre nous ont dû déménager.
Oui, nous sommes aussi victimes de ce crime. »
Un crime commis par l’État…

G. Clerbaux

La voix des familles de condamnés… Bill BABITT, frère de Manny, exécuté en Californie (USA)

Lundi, mars 22nd, 2010

La voix des familles de condamnés…

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Manny, le frère de Bill Babitt, a été condamné à mort et exécuté par l’Etat de Californie en 1999 pour le meurtre d’une dame de 78 ans en 1980 : celle-ci était morte d’une crise cardiaque après qu’il ait fait irruption dans sa maison.

Manny Babitt avait effectué son service militaire au Vietnam dans le corps des Marines américains. A son retour, il va mal : on diagnostique une schizophrénie paranoïaque et un trouble de stress post-traumatique. Il ne reçoit aucune aide médicale ou psychiatrique. Son frère Bill et la femme de ce dernier décident de l’aider et l’hébergent. Pendant un temps, Manny semble aller mieux, puis la situation se dégrade. Bill comprend que son frère Manny est impliqué dans la mort de la vieille dame. Ce dernier va vraiment mal et Bill craint qu’il ne commette d’autres actes irréparables. Finalement, Bill se rend à la police, obtient de celle-ci l’assurance que son frère recevra toute l’aide médicale dont il a besoin. Son frère sera arrêté, jugé, condamné à mort et exécuté sous ses yeux.

A cause de l’incurie du système américain, Bill Babitt s’est retrouvé dans une situation impossible. Il dit lui-même qu’il lui faudra vivre toute sa vie en sachant qu’il a mené son frère à la mort alors que celui-ci aurait tout simplement dû être soigné.

Depuis Bill Babitt se fait la voix de la souffrance des familles d’exécutés, partout où il le peut. La peine de mort ne tue pas que le condamné : elle affecte profondément les membres de leur famille, les meurtrit, les blesse et les déchire.
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Bill Babbit et sa femme
L’histoire de Manny Babbitt est relatée dans l’ouvrage Capital Consequences et dans les documentaires And Then One Night, A Question of Justice et A Broken System.
Il est membre de l’ONG Murder Victims’ Families for Human Rights.

G. Clerbaux

Son fils de 10 ans a été assassiné… Du combat pour la peine de mort à la lutte en faveur de son abolition ROBERT CURLEY, Massachusetts (USA)

Lundi, mars 22nd, 2010

Jeffrey, le fils de Robert Curley, âgé de 10 ans, a été assassiné en 1997 au Massachusetts (USA). Jeffrey

Deux hommes, membres d’une association américaine prônant les relations sexuelles entre hommes et jeunes garçons, ont volé le vélo de l’enfant, puis l’ont attiré dans leur voiture, sous prétexte de lui en donner un autre. L’un d’entre eux a agressé l’enfant sexuellement. Comme celui-ci se débattait, il l’a bâillonné avec un chiffon imbibé d’essence, tué et violenté ensuite.
Les deux hommes ont été condamnés à la prison à vie, sans possibilité de libération conditionnelle.

Après l’assassinat de son fils, Bob Curley a milité activement en faveur de la prévention de la violence sexuelle contre les enfants et aussi pour la réintroduction de la peine de mort au Massachusetts. Après un long débat dans un contexte particulièrement sensible, la peine de mort n’a pas été réintroduite, à une voix près.
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Lutter en faveur de la peine de mort, c’était une façon pour Bob Curley d’être fidèle à son fils. Mais lors de ce combat, il a été amené à rencontrer d’autres parents de victimes de meurtres qui refusaient la peine de mort : si dans un premier temps, beaucoup avaient souhaité viscéralement la mort de l’assassin de l’être aimé, ils s’étaient rendu compte que la mort de ce dernier ne leur apportait ni satisfaction, ni paix. Par contre, ils voulaient toute la clarté sur les faits, la justice (et non la vengeance) et la réparation.

Bob Curley, ébranlé, s’est mis à douter. Le chemin a été long et douloureux entre ses certitudes premières, ses doutes, son refus informulé de la peine capitale et finalement son engagement contre la peine de mort. En 2007, 10 ans après l’assassinat de son fils, il a témoigné devant les législateurs du Massachusetts contre la réintroduction de la peine de mort.

Un homme dont l’humanité force le respect…

L’histoire de Bob Curley est racontée dans le livre, The Ride: A Shocking Murder and a Bereaved Father’s Journey from Rage to Redemption, du journaliste Brian Macquarrie.
Robert Curley est membre de Murder Victims’ Families for Human Rights.

G. Clerbaux

Protéger les groupes vulnérables de la peine de mort : Le cas des mineurs et des déficients mentaux.

Lundi, mars 22nd, 2010

Nazanin Afshin-Jam est présidente et cofondatrice de Stop Child Executions, une association basée au Canada mais qui agit surtout en Iran.

Premier constat : depuis les dernières manifestations contre la falsification des résultats électoraux, les autorités iraniennes ne répondent plus aux pressions internationales. Actions, manifestations, pétitions restent lettres mortes.

Quelques chiffres, ensuite :
40% de la population iranienne a moins de 18 ans ;
En Iran, l’âge de la majorité pénale est de 9 ans pour les filles et 15 ans pour les garçons Par contre, le droit de vote n’est accordé qu’à 18 ans ;
Aujourd’hui (24 février 2010), 116 enfants sont dans les couloirs de la mort ;
Les autorités iraniennes attendent que les jeunes aient atteint l’âge de 18 ans pour procéder à leur exécution.

Quels sont les crimes pour lesquels les Iraniens peuvent être condamnés à mort ?
L’homosexualité ;
L’adultère ;
L’apostasie ;
Après 3 condamnations pour un même délit (boire de l’alcool, par exemple) ;
Le trafic de drogue : beaucoup d’enfants sont utilisés pour véhiculer la drogue…
Le meurtre prémédité ou non.

Dans ce dernier cas, en vertu de la loi du talion, le choix de la peine est laissé à la famille de la victime : peine de mort ou indemnisation ? La justice fait-elle preuve d’impartialité en laissant aux victimes le droit de décider de la peine à infliger ?

Les enfants sont parfois isolés, torturés, mis dans des prisons pour adultes, exécutés sans que les familles en soient informées. Il y a quelques années encore, les exécutions des enfants étaient publiques. Il s’agit d’un spectacle particulièrement barbare : des grues soulèvent les exécutés par le cou jusqu’à ce que mort s’ensuive. Celle-ci intervient beaucoup plus lentement que lorsque le pendu tombe dans le vide et que sa nuque se rompt.

C’est l’article 37 de la Convention internationale des droits de l’enfant (1989) qui est ainsi violé par l’Iran : « Les États parties veillent à ce que nul enfant ne soit soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants: ni la peine capitale ni l’emprisonnement à vie sans possibilité de libération ne doivent être prononcés pour les infractions commises par des personnes âgées de moins de 18 ans ».

Ameir Mohamed Suliman est Soudanais, coordinateur de l’African Center for justice and Peace Studies. Au Soudan, dit-il, la loi pénale est basée sur la charia. Elle prévoit notamment l’amputation pour vol. Cependant, le Soudan est sensible aux pressions internationales et a signé les conventions prescrivant l’abolition de la peine de mort pour les mineurs. Seuls les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre commis par ces derniers sont encore punis de la peine de mort. C’est dans ce cadre que des tribunaux anti-terroristes ont jugé et condamné à mort des enfants soldats. Ces jeunes sont donc doublement victimes du monde des adultes. Le 28 janvier dernier, un enfant a encore été exécuté pour crime de guerre.

Les femmes représentent un autre groupe fragile. Elles sont discriminées par rapport aux hommes dans les procédures visant à établir l’adultère.

James Ellis est avocat et professeur à l’université du Nouveau-Mexique. Selon lui, des malades mentaux se trouvent toujours dans les couloirs de la mort aux E. U. En 2002, la Cour suprême des États-Unis a interdit l’application de la peine de mort aux individus présentant un retard mental mais elle n’a jamais abordé le problème des schizophrènes. Ces personnes souffrant de troubles mentaux ne savent ni se défendre ni se payer un bon avocat. Elles ne comprennent pas leur dossier. Or, comme le souligne James Welsh, d’Amnesty International, l’effet de dissuasion de la pdm sur quelqu’un qui entend des voix est nul. La prison à vie et la peine capitale ne servent à rien lorsque l’on parle de malades mentaux. Seuls des soins appropriés ont un sens.

J-P De Greef

Intervention de Miloud BRAHIMI lors de la Table Ronde sur « L’abolition au Moyen Orient et en Afrique du Nord, outils et stratégies » au 4e Congrès mondial contre la peine de mort à Genève, le 25 février 2010

Lundi, mars 22nd, 2010

Qui est Miloud Brahimi ?
Miloud Brahimi est avocat, membre fondateur et président de la première Ligue des droits de l’homme en Algérie et premier Président de la Coalition algérienne pour l’abolition de la peine de mort.

Intervention
Miloud Brahimi résume la situation algérienne à propos de la peine de mort en deux mots : paradoxe et incohérences.
En 1964, une proposition d’abolition de la peine de mort présentée par une dizaine de députés est rejetée, essentiellement selon le souhait du nouveau président Ben Bellah qui, à l’issue de la guerre d’indépendance, souhaite utiliser la peine de mort contre ses adversaires politiques. Cependant les juges ont été circonspects dans les prononcés de la peine de mort et les exécutions ont été pratiquées avec retenue.
L’Algérie prononce toujours actuellement de très nombreuses condamnations à mort. Cependant, dès 1993, dans le contexte du terrorisme islamiste, l’Algérie promeut officieusement un moratoire sur les exécutions, toujours en vigueur. Le Haut Comité d’Etat a poussé au moratoire. Les raisons en sont diverses : le rôle d’une personnalité de premier plan, la sérénité d’un peuple qui a connu deux guerres (la guerre d’indépendance, la guerre intérieure liée au terrorisme) et le trop grand nombre de terroristes (on ne peut quand même pas tous les exécuter…).
L’actuel ministre de la justice est personnellement abolitionniste.
L’Algérie a voté en faveur des deux Résolutions de l’ONU pour un Moratoire universel sur la peine de mort et a même milité en leur faveur.
Et pourtant… quand on propose d’accorder la loi à la pratique en abolissant la peine de mort, comme l’ont fait plusieurs ligues et un parti laïque, les autorités opposent une fin de non recevoir catégorique, en se référant à la religion. Or, il n’y a pas de voix pour condamner le moratoire. La plupart des condamnés à mort islamistes sont maintenant en liberté et personne n’y trouve à redire. Le refus de principe est lié à des motifs religieux.
Actuellement, la situation intérieure est bloquée en Algérie. Le seul espoir viendrait d’une exigence extérieure. Comme la Turquie a aboli la peine de mort dans une démarche de demande d’adhésion à l’Union Européenne, comme les velléités de réintroduire la peine de mort en Pologne ont été rendues impossibles par son adhésion à l’Union Européenne, on pourrait espérer qu’une future institution viendrait à conditionner les candidatures des États concernés à l’abolition préalable de la peine capitale.

G. Clerbaux